IMPÉRATIF DE MÉMOIRE

IMPÉRATIF DE MÉMOIRE

Suite de la serie: Une selection du Dr Appolinaire OKO

CAMEROUN, LES ÉMEUTES DE MAI 1955.

« Les émeutes de mai 1955 donnent lieu à une escalade de violence dans l’affrontement entre UPC et administration, au cours de laquelle, en quelques jours, un harcèlement policier se transforme en véritable répression militaire.

À Mbanga dans le Mungo, une manifestation de l’UPC interdite est dispersée de force par la gendarmerie trois fois de suite, les 15, 16 et 22 mai. Ce dernier jour, les militants ripostent. Suite à de violents affrontements avec les forces de l’ordre, ces derniers procèdent à des arrestations et à des ratissages dans les quartiers upécistes de la ville. Conséquence directe de cette répression, les prisons de Nkongsamba le 24 mai et de Loum le lendemain, sont la cible des manifestants. À Loum, la prison est saccagée et les forces de l’ordre tirent sur la foule, causant d’après elles six morts. Trois manifestants sont tués de la même manière le 29 mai à Tombel.

À Douala, les émeutes commencent le 22 mai dans le quartier New Bell, berceau de l’UPC, lorsque les autorités tentent d’y implanter un parti profrancais, le Front national. Sans surprise, cette provocation entraîne des affrontements entre les nationalistes et les deux pelotons de gendarmerie dépêchés sur place. Pour muscler la répression, Roland Pré fait appel deux jours plus tard à des militaires venus de toute l’Afrique française et instaure un couvre-feu. Le lendemain, l’émeute se répand à la prison de New Bell. Avec l’appui de deux pelotons de chars, la répression est terrible : après plusieurs heures de fusillade, le bilan officiel fait état de sept morts et une soixantaine de blessés. Dans ce contexte explosif, deux civils européens sont tués dans des circonstances jamais élucidées. Le 27 mai, le siège de l’UPC est incendié, un acte que l’administration impute… à l’UPC elle-même, accusée selon cette thèse invraisemblable de chercher à ameuter l’opinion publique par un acte spectaculaire. Les sièges de Bafoussam et Bafang partiront également en fumée.

Les troubles gagnent enfin Yaoundé à partir du 26 mai, quand des manifestants saccagent le commissariat central pour en libérer des camarades arrêtés suite à une rixe entre syndicalistes pro- et antiupécistes. C’est alors qu’une balle égarée selon l’administration, tirée depuis le commissariat, tue un africain, indignant les manifestants qui portent le cadavre aux portes de l’Assemblée territoriale puis le lendemain devant l’hôpital central, où les forces de l’ordre tirent sur la foule et tuent encore trois personnes.

Quantité d’affrontements et de règlements de comptes, impliquant les forces de l’ordre ou leurs supplétifs, restent à ce jour mal documentés, si bien qu’il est difficile de dresser le bilan de ces deux semaines d’affrontements, au-delà du bilan officiel de vingt-deux morts, et de celui, plus officieux de cinquante morts et cent cinquante blessés, évoqué dans un rapport confidentiel. »

Source : La Guerre du Cameroun, Ed 2016; Thomas DELTOMBE et al ; Pp 106-107.

Publié par Essoh François Aristide

Car Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu'il ait la vie éternelle.

Laisser un commentaire

Concevoir un site comme celui-ci avec WordPress.com
Commencer