LA QUALITÉ LINGUISTIQUE

LA QUALITÉ LINGUISTIQUE

À l’étape de la reformulation dans la langue d’arrivée, le traducteur cherche à s’appuyer sur des ressources documentaires qui l’aideront à produire un texte idiomatique dont la terminologie correspond au plus près aux usages ayant cours dans les milieux concernés. Ces ressources seront soit bilingues, soit rédigées dans la langue d’arrivée. Par exemple, en l’absence d’un document bilingue donnant boson de Higgs comme équivalent de Higgs boson, le traducteur réorientera ses recherches vers des ressources originales françaises. Il découvrira que le terme pour lequel il cherche une attestation a comme synonyme particule de Dieu. D’où l’importance de consulter à ce stade DES RESSOURCES DONT LA QUALITÉ LINGUISTIQUE EST IRRÉPROCHABLE. La règle à suivre est d’éviter dans la mesure du possible les documents traduits. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, en contexte de traduction, on se méfie des sources traduites. Il faut savoir que la profession de traducteur n’exige pas l’adhésion à un ordre professionnel, contrairement aux professions de médecin ou d’avocat. Cette situation a pour conséquence que DES BILINGUES S’IMPROVISENT TRADUCTEURS sans connaître les techniques de la traduction, d’où les traductions médiocres qui circulent un peu partout, y compris sur des sites Web. Pour s’en convaincre, il suffit de consulter la version française de certains sites Web en pays bilingues ou multilingues.

JEAN DELISLE

Concept juridique

Ce qui me hérisse le poil le plus souvent, c’est la désinvolture des traducteurs de l’anglais vers le français. Un exemple récurrent :
« A police officer » est traduit le plus souvent par « un officier de police ». Or, si en anglais le terme « police officer » désigne un agent de police, un gardien de la paix (officer étant une personne qui est titulaire d’un emploi dans l’administration, d’un bureau, d’un office). En français, le terme « officier de police » désigne exclusivement une personne qui fait partie du corps de commandement de la police. Un officier de police est un lieutenant de police, un capitaine de police ou un commandant de police. Au-dessus du corps des officiers de police se trouve le corps de conception et de direction (commissaire de police, commissaire divisionnaire, commissaire général). Au-dessous se trouve le corps d’encadrement et d’application (gardien de la paix, brigadier, brigadier-chef, major).
Ainsi on ne peut pas écrire : « une patrouille d’officiers de police… », car il serait bien étonnant que la patrouille soit constituée de lieutenants, de capitaines et de commandants.
À noter que cette hiérarchie est la hiérarchie administrative (ministère de l’Intérieur), mais la police est soumise à une double hiérarchie (administrative et judiciaire) dans laquelle il n’existe que trois grades (ou plutôt qualités) : agent de police judiciaire adjoint, agent de police judiciaire et officier de police judiciaire. La qualité d’officier de police judiciaire s’obtient par une « habilitation » nominale du parquet. Elle est territoriale et peut être retirée. Par exemple, un commandant de police, officier de police, a la qualité d’agent de police judiciaire s’il n’a pas l’habilitation d’officier de police judiciaire et en sens inverse un brigadier de police, qui n’est donc pas officier de police, peut être officier de police judiciaire.
Les officiers de police judiciaire sont évalués (notés) par le parquet en plus de leur évaluation administrative.

Jean-Gwénolé Becam

JURIDIQUE LINGUISTIQUE

JURIDIQUE LINGUISTIQUE

LUNDI 26 AVRIL 2021

Circonstances aggravantes

Une circonstance aggravante renvoie une situation particulière dans laquelle une infraction est commise et qui confère à celle-ci un caractère de gravité accru, entraînant ainsi l’aggravation de la peine encourue. Les circonstances aggravantes sont des faits limitativement déterminés par la Loi qui, s’ils accompagnent l’acte principal, entraînent l‘élévation de la peine au-dessus du maximum prévu pour l’infraction à l’état simple.

Aggravating Circumstances

Aggravating circumstances refer to factors that increase the severity or culpability of a criminal act. Typically, the presence of an aggravating circumstance will lead to a harsher penalty for a convicted criminal. Some generally recognized aggravating circumstances include heinousness of the crime, lack of remorse, and prior conviction of another crime. Recognition of particular aggravating circumstances varies by jurisdiction.

Habituellement, les circonstances aggravantes sont expressément prévues par la loi pénale. Dans certaines législations, distinction est faite entre les circonstances aggravantes spéciales (prévues par un texte particulier pour certaines infractions) et celles qui sont générales (pour toutes les infractions). Ce terme peut également se rendre en anglais par « aggravation ».

Le petit EFA
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JURIDIQUE LINGUISTIQUE

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LUNDI 19 AVRIL 2021

Cession d’une créance

Une cession d’une créance désigne un acte juridique établi afin de transmettre la propriété d’une créance à une tierce personne. Il s’agit en fait d’un contrat consensuel qui nécessite l’accord de deux des trois parties en jeu : le créancier (ou le cédant) et le tiers (ou le cessionnaire) auquel il cède la créance. Afin d’être valable, la cession d’une créance doit toutefois être notifiée au débiteur (ou le cédé) par acte d’huissier, sauf si ce dernier a signifié son accord dans l’acte de cession. Une cession d’une créance peut avoir un caractère gratuit ou onéreux. Lorsqu’une entreprise cède une créance à un établissement de crédit, ce mécanisme représente pour cette entité un bon moyen de se faire payer une dette rapidement, même si la cession onéreuse n’entraîne qu’un remboursement partiel.

The Assignment of a Claim

The assignment of a claim is a mechanism, allowing a creditor, the assignor, to transfer his right to claim a debt to another person, the assignee. This mechanism is used by companies to obtain liquidity (factoring), gain access to credit (collateralisation), or optimise the use of their capital (securitisation).

The proprietary elements or third-party effects of an assignment of claims refer in general to who has ownership rights over a claim and, in particular, to (i) which requirements must be fulfilled by the assignee in order to ensure that the assignee acquires legal title over the claim after the assignment (for example, registration of the assignment in a public register, written notification of the assignment to the debtor), and (ii) how to resolve priority conflicts, that is, conflicts between several competing claimants as to who owns the claim after a cross-border assignment (for example, between two assignees where the same claim has been assigned twice, or between an assignee and a creditor of the assignor in the event of an insolvency).

Comme nous l’avons toujours souligné, il est important de scruter avec minutie le contenu d’une notion ou d’un concept juridique avant de le valider comme un équivalent d’un terme dans une langue cible. Aussi, la législation nationale en question doit entrer en ligne de compte en vue d’entériner une terminologie en contexte de traduction juridique. Nous comprenons clairement que le terme à l’étude désigne une obligation à trois portant transfert d’une créance à une troisième partie.

Le petit EFA
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JURIDIQUE LINGUISTIQUE

JURIDIQUE LINGUISTIQUE

MERCREDI 21 AVRIL 2021

Circonstances atténuantes

En droit pénal, les circonstances atténuantes peuvent être définies comme des excuses judiciaires qui, accordées arbitrairement (pouvoir discrétionnaire) par le juge, lui permettent d’abaisser la peine dans la mesure fixée par la loi. Elles sont donc abandonnées à l’appréciation souveraine des juges. Aucun texte ne les détermine, et elles sont « indéfinissables et illimitées ». Elles résultent de toutes les circonstances qui diminuent, soit la gravité objective du délit, soit la culpabilité subjective de l’agent, mais qui échappent nécessairement, en raison de leur variété, à toute prévision du législateur.

Mitigating circumstances

In criminal law, mitigating circumstances refer to conditions or happenings which do not excuse or justify criminal conduct, but are considered out of mercy or fairness in deciding the degree of the offence the prosecutor charges or influencing reduction of the penalty upon conviction. Factors that lessen the severity or culpability of a criminal act, including, but not limited to, defendant’s age or extreme mental or emotional disturbance at the time the crime was committed, mental retardation, and lack of a prior criminal record. Recognition of particular mitigating circumstances varies by jurisdiction.

Après ce bref exposé, nous retenons que les circonstances atténuantes contrairement aux excuses absolutoires ou atténuantes ne sont pas nommément désignées dans la loi pénale, critère important pour guider les traducteurs dans leurs activités diverses. En fonction de la législation en cause, les circonstances atténuantes se rendent en anglais par « mitigating factors », « mitigating circumstances » ou « extenuating circumstances » ; encore faut-il vérifier si ces concepts ne portent pas une charge différente dans l’ordonnancement juridique à l’étude.

 

Le petit EFA

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ESSOR DE L’OHADA ET PARAMÈTRE LINGUISTIQUE

ESSOR DE L’OHADA ET PARAMÈTRE LINGUISTIQUE

En quelques mots, menons une analyse en se fondant sur les anciens et nouveaux articles 42 et 63 du Traité de l’OHADA (Organisation pour l’harmonisation en Afrique du droit des affaires).

L’ancien article 42 disposait : « Le français est la langue de travail de l’OHADA. »

Le nouvel article 42 (Québec 2008) dispose : « Les langues de travail de l’OHADA sont : le français, l’anglais, l’espagnol et le portugais. »

L’ancien article 63 disposait : « Le présent Traité, rédigé en deux exemplaires, en langue française, sera déposé dans les archives du gouvernement de la République du Sénégal qui remettra une copie certifiée conforme à chacun des autres Etats Parties signataires. »

Le nouvel article 63 (Québec 2008) dispose : « Le Traité, rédigé en deux exemplaires en langues française, anglaise, espagnole et portugaise, sera déposé dans les archives du Gouvernement de la République du Sénégal qui remettra une copie certifiée conforme à chacun des Etats parties. »

Avant 2008, la seule langue de travail de l’OHADA était le français. Comment est-ce que les pays africains dont le français n’est pas l’une des langues officielles ont-ils ratifié un tel traité ? Comment comprendre que le Cameroun, pays officiellement bilingue, ait ratifié ce traité ? De 1993 à 2008, les anciens articles 42 et 63 du Traité de l’OHADA avaient vocation à s’appliquer d’après ledit texte. Après une critique de longue haleine de ce monolinguisme indu dans un continent aussi multilingue que l’Afrique, en 2008, le législateur OHADA abroge les anciens articles susmentionnés. Cette brèche, qui a perduré 15 années, a finalement été colmatée. Ne parlons même pas encore de la volonté récente des pays africains à hisser leurs langues nationales au rang de langues officielles ! L’Afrique du Sud, la Mauritanie et le Nigeria ont déjà fait de grands pas dans ce sens. Que sera l’avenir de l’OHADA si elle ne prend pas en compte les langues nationales africaines ? Sachons que nous parlons uniquement de langue de travail. Pour faire simple, la langue de travail renvoie à la langue usitée pour les échanges, négociations et consultations. Ayant résolu ce problème en modifiant le Traité OHADA en ses articles 42 et 63, bien moindre que l’un des graves problèmes qui planaient, le défaut de traduction des textes OHADA faisait toujours l’objet des critiques acerbes de la part des praticiens de la common law, à titre illustratif. Tout porte à croire que cette organisation africaine n’a pas encore réussi à réaliser ses objectifs à s’en tenir à plusieurs paramètres, dont le nombre de pays membres n’en est pas le moindre ! Le paramètre linguistique constituerait-il la raison pour laquelle plusieurs pays tardent à rejoindre l’OHADA ? Au regard des polémiques autour de la traduction des textes OHADA, notamment en anglais, que doit-on penser par rapport à la valeur de la langue et de la communication interculturelle ? Les traducteurs et interprètes peuvent se poser bon nombre de questions par rapport à cette thématique. Ce thème peut vous inspirer et vous mener à de bonnes réflexions.


François Aristide Essoh

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QU’ENTEND-ON PAR SUSPECT, INCULPÉ, MIS EN EXAMEN, PRÉVENU ET ACCUSÉ ?

QU’ENTEND-ON PAR SUSPECT, INCULPÉ, MIS EN EXAMEN, PRÉVENU ET ACCUSÉ ?

Très souvent, l’actualité judiciaire présente des personnes suspectes, inculpées, mises en examen, prévenues ou accusées dans des affaires pénales. Plusieurs pensent que ces termes sont des synonymes. Pourtant, ces termes sous-tendent souvent les différentes étapes de la procédure pénale, le type d’infractions commises et font aussi référence à la juridiction devant laquelle l’affaire est jugée.

En effet, le procès pénal, contrairement au procès civil, est une succession de phases qui comprend généralement l’enquête, la poursuite, l’instruction préparatoire et le jugement. Il faut préciser que dans plusieurs législations inspirées par le système de droit romano-germanique, l’instruction préparatoire est facultative quand il s’agit d’un délit et presque inexistante en matière contraventionnelle dans la pratique ces derniers temps.

Comme il est difficile de cerner les notions juridiques en dehors de tout système de droit, nous allons prendre appui sur le droit positif camerounais et ce fondement nous permettra de tirer des leçons générales en vue du maniement de ces termes dans le cadre de la rédaction, de l’interprétation et de la traduction professionnelles. Force est à loi dans la majorité des droits de tradition civiliste ; ainsi, la loi seule constitue la base juridique, linguistique et terminologique dont les acteurs doivent suivre. L’article 9 du Code de procédure pénale du Cameroun définit : suspect, inculpé, prévenu et accusé.

Selon l’article 9 alinéa (1) du Code de procédure pénale du Cameroun, « Le suspect est toute personne contre qui il existe des renseignements ou indices susceptibles d’établir qu’elle a pu commettre une infraction ou participer à la commission de celle-ci. » Un suspect est donc une personne ressource à exploiter pendant la procédure pénale en vue de la manifestation de la vérité. Le texte parle d’ « commettre une infraction » et « participer à la commission ». D’une part, il peut s’agir de toute infraction (contravention, délit ou crime) et d’autre part, de la commission ou de la simple participation à une infraction. Dans la procédure pénale, le suspect est très souvent en garde à vue ou du moins entre les mains de la police judiciaire.

L’alinéa (2) du même article dispose : « L’inculpé est le suspect à qui le Juge d’Instruction notifie qu’il est présumé désormais comme étant soit auteur ou co-auteur, soit complice d’une infraction. » À la lecture de ce texte, force est de constater que le terme inculpé s’emploie à la phase d’instruction préparatoire. À cette même phase de la procédure, le mis en examen fait aussi surface. Il s’agit d’une personne à l’encontre de laquelle il existe des indices graves ou/et concordants relatifs à la participation d’une infraction dont un juge d’instruction est saisi. La décision de mise en examen provient du juge d’instruction et confère des droits à la personne concernée. Parmi ces droits, on peut citer l’accès au dossier et le droit de demander des actes d’instruction utiles à la manifestation de la vérité.

Aux termes de l’alinéa (3) de l’article suscité, « Le prévenu est toute personne qui doit comparaître devant une juridiction de jugement pour répondre d’une infraction qualifiée contravention ou délit et l’accusé, toute personne qui doit comparaître devant une juridiction de jugement pour répondre d’une infraction qualifiée crime. » Les termes « prévenu » et « accusé », sont usités à la phase de jugement. Ainsi, le prévenu est poursuivi pour une contravention ou un délit, alors que l’accusé est poursuivi pour un crime.

Il est judicieux pour les rédacteurs, traducteurs et interprètes de cerner ces notions afin de mieux les employer dans le cadre de leur profession. Il ne faut jamais perdre de vue que la connaissance du système juridique en cause, la particularité du droit interne et le droit comparé doivent nous guider.

Dans un contexte de traduction, il est obligatoire de consulter le système juridique du public cible question de retrouver les termes qui conviennent le mieux à notre travail. En général, suspect se rend par « suspect » en anglais. L’inculpé et le mis en cause par contre renvoient tous à « defendant » dans bien de cas ; alors que le prévenu et l’accusé se traduisent par « accused » en anglais.

Par François Aristide Essoh
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L’EXPRESSION DU JOUR

TOME 2

L’EXPRESSION DU JOUR

TOME 2

« L’EXPRESSION DU JOUR »  est une éphéméride linguistique que nous avons mise sur pieds afin d’affûter notre maîtrise des expressions françaises et anglaises. Le seul moyen d’assurer et de pérenniser cette fin consiste à publier une expression chaque jour sur la page Facebook, Cabinet Linguistique La Perfection (https://www.facebook.com/2215298618527981/posts/3182702591787574/?app=fbl). Nous allons vous servir toutes les expressions que nous avons partagées pendant les mois de février et de mars.

Pomme de discorde

Cette expression renvoie au sujet d’une dispute, au motif d’un désaccord ou à la source d’une mésentente. En anglais : bone of contention, divisive element ou area of dispute.

Cette expression provient de la mythologie grecque. La déesse de la Discorde, n’ayant pas été invitée au repas de noces de Pelée et Thétis, veut se venger de cet affront. Elle jette au milieu des invités une pomme d’or provenant du jardin des Hespérides, sur laquelle était inscrit : « À la plus belle ». Héra, Aphrodite et Athéna se disputent le fruit. Alors, Zeus demande à Pâris de départager les déesses. Athéna lui promet la réussite et Héra la richesse, mais malgré cela, il désigne Aphrodite qui lui promet l’amour d’Hélène, la femme de Ménélas. Il enlève par la suite la jeune femme, ce qui déclenche la guerre de Troie. La pomme lancée par la déesse de la discorde causa donc de nombreux conflits et aujourd’hui encore, on parle de « pomme de discorde » pour qualifier le sujet d’une dispute.

Échapper belle

Ou encore échapper de justesse, cette expression veut dire échapper de peu à un danger. En anglais : luckyly or narrowly escape.

La première forme de cette expression semble répertoriée dès 1466. On disait alors « qui belle l’eschappa ». La forme actuelle « l’échapper belle » date du XVIIe siècle. Le mot « belle » est à prendre dans le sens de « bon » ou « bien » et donne la signification suivante à l’expression : échapper à un danger ou sortir d’une situation délicate.

Entrer par la grande porte

Entrer par la grande porte consiste à accéder rapidement et avec noblesse à une situation.
           

Au XVIIème siècle, on parlait d’« entrer par la belle porte », « belle » étant à prendre au sens de noble, de vertueuse. Ce n’est qu’au XIXème siècle que la formule utilisée encore aujourd’hui, « entrer par la grande porte » apparaît. Cette expression garde encore ce sens de noblesse, désignant quelqu’un qui arrive à ses fins, mais avec grâce.

Tous azimuts

Cette expression signifie dans tous les sens et par toutes les manières. En anglais : wide-raging, all-round ou all-incompassing.

Le mot « azimut » provient du mot arabe « az-samt » qui signifie chemin au XVème siècle. Il a pour origine l’astronomie et signifie actuellement l’angle horizontal entre le sens d’un objet et une direction de base.

À la dérobée

Cette expression signifie secrètement, avec une sorte de mystère. En outre, de façon furtive, en cachette, en catimini, tapinois ou même subrepticement. En anglais : on the sly ou surreptitiously.

Fumer le calumet de la paix

 

Il s’agit tout simplement de faire la paix et se réconcilier. En anglais : smoke the peace pipe.

Le calumet est une pipe à long tuyau utilisée par les tribus indiennes. Fumer le calumet de la paix c’est donc montrer à l’ancien ennemi qu’on accepte maintenant de partager quelque chose avec lui et de ne plus le combattre. Mais, dans le cas de la fin d’une guerre, avant de le fumer, le calumet était tendu à l’adversaire. Si celui-ci le refusait, c’est qu’il souhaitait que les hostilités continuent. Cette image a beaucoup marqué les esprits occidentaux ; c’est pourquoi elle a été largement utilisée dans des romans ou films.

Être sur la brèche

Être sur la brèche consiste à être constamment sur la défensive. Aussi, être au travail, en pleine activité, dans des entreprises difficiles ou être toujours prêt à attaquer. Se dit d’une personne énervée ou toujours encline à agir, qui fait montre d’un caractère agressif et se tient prête à bondir (au figuré) à la moindre occasion. En anglais : be on the go or be on the alert.

Cette expression qui puiserait ses origines dans le milieu des militaires où la brèche serait une sorte d’ouverture par laquelle les assaillants pénètrent dans une place où se tiendraient les soldats les plus exposés.

Montrer patte blanche

Cette expression signifie prouver son identité, donner un signe de reconnaissance ou une autorisation pour entrer dans un lieu. Il s’agit en plus de prouver sa bonne foi pour obtenir quelque chose.

Cette expression semble provenir d’une fable de Jean de La Fontaine, Le loup, la chèvre et le chevreau. L’histoire est la suivante : la chèvre doit laisser son chevreau seul. Prudente, elle lui interdit d’ouvrir la porte à toute personne qui souhaite entrer. Lorsque l’on frappe à la porte, le chevreau déclare, malin, « Montrez-moi patte blanche ou je n’ouvrirai point. » Bien entendu, c’est le loup qui est derrière la porte, et il ne peut que présenter sa patte noire. « Celui-ci, fort surpris d’entendre ce langage, Comme il était venu s’en retourna chez soi ». On ne trouve pas d’autre trace de cette expression avant le 19ème siècle, c’est à dire 200 ans après la mort de La Fontaine. On peut estimer, que ce sont les maîtres d’école, par l’apprentissage des fables aux élèves, qui ont favorisé la popularité de cette expression.

Sortir de sa réserve

Cette expression veut dire rompre avec la discrétion ou se manifester après être resté discret. En anglais : get out of one’s chair, bring someone out of his shell ou draw someone out.

Prendre ses quartiers

Cette expression renvoie à loger quelque part. Il s’agit aussi de se mettre ou se placer quelque part. Les verbes ci-après renvoient à cette même expression : habiter, loger et demeurer. En anglais : lodge.

Mordre la poussière

Mordre la poussière renvoie àêtre jeté à terre, ou perdre. En anglais : bit the dust.

Si cette expression est très ancienne (la métaphore est parfaitement compréhensible et les combats de lutteurs avaient souvent lieu sur des terrains de sable ou de terre poudreuse), son sens étendu ne semble être utilisé que depuis le XVIIe siècle, époque où on utilisait également « mordre la terre ». Cette expression date du XVIIe siècle. Elle fait référence aux combats de lutte qui avaient lieu sur le sable ou la terre. Le perdant était celui qui était à terre : à l’image de notre expression, il était au plus près de la poussière.

Battre en brèche

Cette expression signifie attaquer, réfuter une argumentation, une règle ou une décision.
C’est aussi, attaquer violemment et systématiquement une personne ou ses idées. En anglais : counter, fight against, ou give something or somebody a pounding.

Une brèche est une ouverture dans une enceinte, fortifiée ou non, qui permet donc une pénétration à l’intérieur de la zone qui n’est plus suffisamment protégée ; ce qui peut alors donner lieu à un cambriolage ou une tuerie sauvage, entre autres, selon l’époque et le type d’enceinte, voire une inondation dans le cas d’une brèche dans une digue. Et si, aujourd’hui, une pince coupante suffit à créer une brèche dans un grillage, autrefois, pour en ouvrir une dans une enceinte fortifiée, il fallait la ‘battre’, à l’ancien sens militaire du terme, c’est-à-dire la heurter de coups répétés, la frapper de projectiles (charges de catapulte, boulets de canon…). Ainsi, le sens premier de battre en brèche, attestée en 1701, était-il tout simplement d’attaquer un rempart ou une fortification avec l’artillerie. Ce n’est qu’au XIXe siècle que son sens figuré est apparu, la cible attaquée violemment étant alors les arguments ou les idées d’une personne ou d’un groupe d’individus.

Monter au créneau

Cette expression française veut dire s’engager dans une action caractérisée par la lutte. En anglais : step up to the plate, stand up ou come forward.

Afin de mieux comprendre cette expression française qui puise ses origines de l’époque féodale, il faudrait commencer par définir le créneau selon le dictionnaire de l’époque. En effet, le créneau serait une petite ouverture au sommet de la  tour d’un château servant de défense à cette citadelle. Cette sorte de meurtrière avait un double emploi à l’époque puisqu’elle servait à la fois de couverture face à l’ennemi et en même  temps permettre de s’exposer au mieux pour pouvoir attaquer. De ce fait, prise dans ce sens, « monter au créneau » va renvoyer à l’image de toute personne de n’importe quel domaine en général et de la politique en particulier qui va s’exposer et défendre ses points de vue en public.

Mettre la clé sous la porte

Cette expression veut dire faire faillite. En anglais : experience bankruptcy ou close down.

Cette expression date du XVe siècle. Le fait de mettre la clé sous la porte signifie s’en aller discrètement, sans vouloir que cela se sache pour diverses raisons. Au fil du temps, transposée pour un commerce, elle signifie fermer boutique pour cause de faillite.

Arriver comme un cheveu sur la soupe

 Cette expression veut dire, arriver de façon incongrue, mal adaptée à la situation. C’est aussi, arriver au mauvais moment. En anglais : come totally out of left field ou not be aware of something.

 
            Cette expression semble être relativement récente. Si la soupe désigne de la nourriture, le « cheveu qui arrive dessus » ne connote pas ici quelque chose de sale, mais plutôt d’inopportun. Dire qu’une personne ou qu’un commentaire arrive « comme un cheveu sur la soupe » signifie qu’il n’intervient pas à un moment où on l’attendait. En effet, la présence malencontreuse d’un cheveu dans une assiette de nourriture qui vient d’être servie est toujours désagréable.

Sans prendre de gants

Cette expression signifie agir sans mettre les formes ou sans ménagement. En anglais : without taking any precaution, heartlessly ou recklessly.

Parler ou agir « sans prendre de gants » est une expression datant de la fin du XVIIIe siècle. Le « gant » symbolise la précaution et la délicatesse. Ne pas prendre de gants signifie donc que l’on agit sans ménagement, que l’on ne cherche pas à éviter de blesser une personne par des paroles sévères. En effet, le fait de mettre des gants pour faire quelque chose renvoie à l’idée de protection contre la saleté, les blessures, en d’autres termes toutes détérioration d’ordre physique ou moral. En appliquant l’idée à une personne, le fait de prendre les gants avec elle signifiera qu’il faudrait la ménager et ne pas la blesser comme les mains et ne pas en prendre équivaudrait à se comporter sans fioritures.

Être pris entre deux feux

C’est être confronté à deux menaces distinctes, attaqué de deux côtés, pris à parti entre deux attaques, deux tirs. C’est encore avoir deux choses importantes dans le même temps, simultanément. En anglais : be catch in the crossfire ou be trapped in a pincer.

Expression française dont les origines remontent au XVIIème siècle qui ne viendrait certainement pas, disent les auteurs de l’usage des armes à feu, car créée bien avant leur existence. Elle serait issue dit-on du milieu des cuisiniers quoi qu’entre les fourneaux ou entre deux feux, il existerait plus vraisemblablement un sentiment d’affolement que la présence d’un danger réel.

Se tenir (être) droitdans ses bottes

 

Cette expression signifie, garder une attitude ferme et déterminée, sans plier.
C’est encore, avoir la conscience tranquille (même à tort) ou être fidèle à ses principes. En anglais : stand tall.

L’origine de cette expression n’est pas certaine. Elle pourrait venir du milieu militaire où les cavaliers devaient se tenir bien droit sur leur selle et dans leurs bottes. Elle pourrait aussi être apparue en opposition à une expression d’origine flamande « avoir une petite pièce dans ses bottes » qui voulait dire « être ivre » (la ‘petite pièce’ rendant la marche difficile), donc tout le contraire de se tenir bien droit.


Elle est remise au goût du jour par Alain Juppé le 6 juillet 1995 lorsqu’il déclare : « Je suis droit dans mes bottes et je crois en la France » alors qu’il est interrogé sur TF1 à propos de son appartement parisien au loyer défiant toute concurrence et de la baisse de loyer qu’il avait demandée pour l’appartement de son fils.

Être l’apanage de quelqu’un

Cette expression veut dire être le propre de quelqu’un. En anglais : be the exclusive preserve of someone.

Pour comprendre cette expression, il faut se pencher sur l’étymologie de l’apanage. Le mot vient de l’ancien français « apaner » signifiant « nourrir de pain ». C’est donc celui qui possédait le pain qui le donnait. Par extension et après des siècles d’évolution de langages, la formulation s’est chargée, dès le XVIIIe siècle d’un sens figuré. « Être l’apanage de » exprime donc la possession de quelqu’un ou de quelque chose, que cela soit en bien ou en mal.

Avoir la science infuse

 

Cette expression signifie savoir sans avoir appris, prétendre tout savoir. En anglais : have innate knowledge ou know everything.

Il faut remonter à l’histoire biblique d’Adam et Eve pour comprendre cette expression. En théologie, la « science infuse » représente les connaissances que Dieu a insufflées à Adam, sans que celui-ci ne les apprenne. Par extension, elle désigne quelqu’un pensant tout savoir, alors que cela est impossible.

Le secret de polichinelle

 

Cette expression désigne un faux secret, que tout le monde connaît. En anglais : open secret ou public secret.

Le personnage de Polichinelle (marionnette venue du Pulcinella de la commedia de l’arte) parle beaucoup, à tort et à travers, au point de ne jamais savoir tenir sa langue ou garder un secret.

Faire ses chouxgras (de quelque chose)

 

Cette expression signifie en faire son régal, en retirer profit, avantage. En anglais : make a big deal out of something

À une lointaine époque, dans le bas peuple, chez les pauvres, lorsque les légumes étaient les ingrédients principaux des repas (la viande était réservée aux riches, les pâtes et le riz n’étaient pas encore connus ou répandus), le chou en était un des plus courants : résistant, facilement cultivé, peu cher, il était autrement plus souvent présenté à table que de nos jours. Mais un simple chou bouilli, s’il permet de se nourrir, n’est vraiment pas fait pour mettre l’eau à la bouche. Alors pour lui donner du goût, il était fréquent, lorsqu’on en avait, d’adjoindre à l’eau de cuisson une graisse animale comme du lard, autrement dit de rendre (faire) son chou (un peu) gras. De là le premier sens de l’expression au XVe siècle : on se régalait de ce bon plat qu’était le chou gras. C’est surtout à partir du XVIIe siècle qu’elle a pris le sens de « en retirer profit ». Pourquoi ? Parce que le chou était ‘engraissé’ comme l’est, au figuré, le portefeuille de celui qui retire du profit de ses bonnes affaires.
Mais aujourd’hui, l’expression a souvent un sens péjoratif, le profit ou l’avantage étant supposé comme acquis au détriment de quelqu’un ou quelque chose. Malgré leur ancienneté, les premières ne commenceront à être importées en France qu’au XVIe siècle et le second n’est mentionné qu’à la fin du XIVe siècle en France et ce n’est qu’au XVIIe siècle qu’il commencera à y être cultivé.

Jeter de l’huile sur le feu

 

Cette expression signifie envenimer une querelle, inciter à la dispute ou aggraver une situation. En anglais : add fuel to the fire.

Datant du XVIIe siècle, cette expression n’est qu’une image reprenant l’amplification immédiate du feu et donc le résultat désastreux qu’obtiendrait quelqu’un en y jetant de l’huile pour tenter de l’éteindre. Employée par Mme de Sévigné, elle figure dans plusieurs dictionnaires anciens dont celui de Furetière.

Jeter l’éponge

Cette expression veut dire abandonner, renoncer à une action par peur de ne pas réussir. Cette expression est semblable à rendre le tablier. En anglais : throw in the towel.

Les aficionados de la boxe savent parfaitement d’où nous vient cette expression. En effet, dans ce sport, le manager du boxeur (à ne pas confondre avec le boxer, qu’il morde ou qu’il soit short) utilise une éponge (en fait maintenant une serviette) pour, entre les rounds, essuyer son poulain de la sueur et éventuellement du sang qu’il a sur le visage et le torse, et pour le rafraîchir. Et si jamais son protégé, au cours d’un round, se fait massacrer sans demander grâce, il jette sur le ring cette ‘éponge’ pour signifier l’abandon du combat. Cette expression est employée en France hors du contexte de la boxe depuis 1901, en traduction de l’anglais « to throw up the sponge » utilisé métaphoriquement depuis 1877.

Être au bout du rouleau

Cette expression imagée signifie aujourd’hui être épuisé, aussi bien moralement que physiquement. En anglais : be at one’s wits’ end.

Si l’on associe aisément le « rouleau » à l’outil cylindrique, sachez qu’à l’époque médiévale, nos ancêtres disaient être « au bout du rollet » et c’est en fait dans les livres que l’expression puise son origine ! En effet, avant que le livre relié ne soit inventé,  le « rôle » était une sorte de bâton fait d’ivoire ou de buis. Sur celui-ci, on collait des feuilles de papier bout à bout, qu’on enroulait ensuite autour de ce « rôle », ce qui faisait office de livre. Les rôles ont ainsi été utilisés et conservés jusqu’à la fin du 17ème siècle, et plus principalement dans le domaine théâtral puisqu’on appelait « rôle », le parchemin sur lequel était écrit les dialogues des acteurs médiévaux d’une pièce de théâtre. Ceci dit, lorsqu’un comédien avait justement obtenu un petit rôle, on disait de lui qu’il avait un rollet, car peu de répliques, et donc peu d’arguments. C’est tout naturellement qu’on en est ainsi venu à dire de celui qui n’avait plus aucune réplique, qu’il était au bout du rollet. Par extension, quelqu’un qui était au bout de son rollet était quelqu’un qui ne savait plus quoi faire dans ce qu’il avait entrepris, encore moins quoi répondre ou trouver de quoi surmonter un obstacle.

Quelques années plus tard, toujours à partir du « rôle », est enfin apparu le fameux « rouleau », qui se voulait être le diminutif de « rôle de papier » pour désigner les rouleaux de papier utilisés à la banque et qui servaient déjà à l’époque à ranger les pièces de monnaie. Être au bout du rouleau signifiait donc ne plus avoir de ressources, après avoir utilisé toutes ses pièces. Au fil du temps, le sens de la métaphore est resté le même mais il s’est étendu à tout type de ressources, et plus particulièrement au sentiment de faiblesse physique ou morale que l’on peut connaître parfois.

Rebrousser chemin

Rebrousser chemin consiste à faire demi-tour, retourner en arrière, revenir sur ses pas ou retourner en empruntant le même trajet en sens inverse. En anglais : retrace one’s steps.

Cette expression date de depuis la seconde moitié du XIXe siècle et s’emploie toujours aujourd’hui dans le langage courant en conservant son sens initial.

Battre son plein

 

Cette expression signifie arriver à son moment le plus intense. C’est encore être à son point de plus grande activité. En anglais : be at one’s height, be going full swing, be in full swing ou reach one’s peak.

Au milieu du XIXe siècle, et au sens propre, cette expression se rapportait à la marée qui, lorsqu’elle avait atteint son point le plus haut, restait un moment stable avant de commencer à redescendre. Au sens figuré, certains, à cause du verbe battre ont compris ‘son plein’ comme ‘une sonorité pleine ou forte’. En réalité, il ne s’agit pas ici d’un adjectif mais bien du substantif plein, le niveau le plus haut, comme le plein d’essence, pour la voiture, ou le plein des sens, en cas d’extase. Lorsque la fête bat son plein, ce n’est pas qu’elle est bruyante, mais qu’elle est bien à son plus haut niveau d’intensité.

Pousser le bouchon un peu loin

Exagérer, aller trop loin (dans une accusation, une affirmation, des exigences…).  En anglais : take one’s madness too far, take something a bit further ou swearing in church.


De quel bouchon est-il donc question ici ? Est-ce, justement, celui de la ligne du pêcheur, ou bien celui des routes parisiennes aux heures de pointe, ou plutôt celui que les joueurs de pétanque essayent d’approcher au plus près, ou encore celui qui empêche (très temporairement) l’accès au délicieux contenu d’une bouteille d’excellent Château Lynsolence ?
Eh bien malheureusement, il semble qu’on n’en sache rien ! Les lexicographes supposent, sans aucune certitude, que l’expression vient d’un des deux principaux jeux où on utilise un bouchon : le jeu du bouchon, qui date du début du XIXe siècle, où il fallait abattre avec un palet des bouchons surmontés de pièces de monnaie, ou bien la pétanque où le cochonnet s’appelle le bouchon.

Tourner bride

Cette expression veut dire faire demi-tour. Tourner bridesignifie en outre, changer, revenir, retourner sa veste, tourner casaque ou tourner sa veste. En anglais : turn back.

Passer à tabac

Passer à tabac signifie frapper, rouer de coups. En anglais : be mugged ou be severely beaten.


Si cette expression ne date que du dernier quart du XIXe siècle, son origine remonte au radical ‘tabb-‘ qui exprime l’idée de frapper et qu’on trouve dès le XIIIe siècle dans des dialectes du sud de la France (en Provence et en Occitanie, entre autres) ou dès le XVe dans plusieurs verbes dont ‘tabuster’ qui voulait dire ‘battre’ ou ‘frapper’. C’est avec ce radical qu’un ‘tabas’ argotique est apparu (il donnera le verbe ‘tabasser’ au début du XXe siècle), vite remplacé par ‘tabac’, par croisement avec le nom de l’herbe à Nicot, mot qui au tout début du XIXe a désigné une « volée de coups ». Ce qui suffit alors à expliquer l’usage de ce tabac-là avec « passer à » au sens de « soumettre à l’action de », rôle qu’aurait eu du mal à remplir le tabac à rouler ou à chiquer.

Être de mèche avec quelqu’un

Cette expression veut dire être complice avec une personne. C’est encore être de connivence (avec quelqu’un). En anglais : be in cahoots with someone.

L’expression apparaît à la fin du XVIIIe siècle. « De mèche » signifiait « de moitié », c’est-à-dire partager une même chose avec une autre personne. D’où le sens de l’expression « être de mèche avec quelqu’un » qui signifie être complice avec cette personne.

Prendre d’assaut


Cette expression signifie attaquer pour s’emparer des positions ennemies. Prendre d’assaut veut en outre dire s’emparer par la force ; assaillir. En anglais : take over ou take the fort.

Expression qui entre dans le langage courant et qui s’emploie pour exprimer le fait que l’on s’empare de quelque chose par la force. Elle tire son origine des batailles menées pour assaillir les châteaux voisins et avec le temps, l’expression s’est généralisée à d’autres domaines.

Se trouver entre le marteau et l’enclume

 

Cette expression signifie être entre deux groupes opposés. Ou encore être / se trouver entre deux camps adverses et être exposé à recevoir des coups venus des deux côtés. En anglais : find oneself between a rock and a hard place.

L’enclume et le marteau sont deux instruments utilisés par le forgeron, la pièce à forger étant frappée avec un marteau sur l’enclume. L’expression désigne le fait de se trouver dans une situation dangereuse entre deux camps opposés.

Rouler quelqu’un dans la farine

Cette expression veut dire duper quelqu’un, lui mentir. En anglais : tell one an untruth or falsehood.

Cette expression date du XIXe siècle. Elle serait l’association de ‘rouler’ (au sens de tromper – « Je me suis fait rouler ») et d’emplois variés du mot ‘farine’ où ce terme désignait des arguments trompeurs. Une autre interprétation voudrait que la ‘farine’ utilisée ici serait celle dont s’enduisaient les comédiens de l’époque pour se maquiller, ce qui empêchait de les reconnaître et leur permettait ainsi de tromper les gens.

En tout état de cause

Cette expression signifie quoi qu’il en soit, dans tous les cas, de toute façon, n’importe comment. En anglais : either way ou at all events.

Cette expression est un terme juridique qui s’est banalisé. À l’origine, elle signifiait « quel que soit l’état du procès ». Elle intègre les noms communs « état », du latin « status », et « cause », du latin « causa ».

Bonne dégustation !!!


Le petit EFA, le juriste

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